Bejaia a finalement réceptionné deux projets que les citoyens de cette ville n’espéraient plus être achevés de leur vivant, à savoir la gare maritime et le carrefour des quatre chemins. L’inauguration, samedi 23 juin,  a été d’ailleurs marquée par un fait des plus insolites. En effet, ouvert cinq minutes après son ouverture à la circulation, il a  été barré par les travailleurs chargés de réalisation. Ils ne protestaient pas uniquement pour un problème salarial, mais surtout pour attirer l’attention des responsables sur leur inquiétude quant à leur devenir maintenant que le chantier a été clos, en même temps que leurs perspectives d’emploi.
Ce fait, qui pourrait paraître anecdotique, est pourtant expressif d’une situation suffisamment préoccupante. La wilaya de Bejaia se retrouve en effet, quasiment sans projet d’envergure, exception faite de celui concernant l’amélioration de l’alimentation des populations en gaz de ville qui fait d’ailleurs face à des difficultés de paiement des entreprises en charge de sa réalisation, et de cet autre serpent de mer qu’est la pénétrante autoroutière, pas encore sortie du tunnel de Sidi Aïch.
A propos de la pénétrante autoroutière, le ministre des travaux publics avait récemment assuré devant les députés que le taux d’avancement des travaux avait atteint 70%, relevant que deux tronçons de la pénétrante ont été livrés en 2017.
Les travaux de réalisation du troisième tronçon du projet reliant entre Takriet, Amizour et El Kseur sur une distance de 20 km, a-t-il ajouté, ont atteint 75% tandis que le troisième tronçon porte sur la réalisation de 18 ouvrages d’art (des ponts, une trémie de 1,66 km dont les travaux ont atteint 50%).
Quant au quatrième tronçon, reliant Amizour au port de Béjaia sur une distance de 22 km, les travaux démarreront vers le début du quatrième trimestre 2018, l’étude technique a été achevée en vue de choisir les solutions les plus efficaces et les moins coûteuses.
Le ministre avait rassuré que le budget n’a pas été réduit, mais réévalué dans le cadre de la loi de finances 2018, l’élevant ainsi de 60 milliards de dinars à 126 milliards de dinars algériens. Belles assurances qui ne rassurent pas les Bejaouis, loin s’en faut.
Ainsi, le président de l’Assemblée populaire de wilaya M’henni Haddadou, avait révélé lors d’une conférence de presse que près de 140 projets structurants dont avait bénéficié Bejaia, ont été gelés par le gouvernement. Les plus importants, pour rappel, sont la plateforme pétrochimique, le dédoublement de la voie ferrée, le CHU et le nouveau stade. Bien sûr, la capitale des Hammadites n’est pas la seule victime des restrictions financières imposées par la chute des revenus pétroliers du pays.
Toutefois, il est tout de même suffisamment grave de livrer toute une wilaya au néant. Cela est d’autant plus malaisés à comprendre que ce même gouvernement s’est permis d’imprimer quelque 30 milliards de dollars pour, entre autres, relancer les projets gelés mais pas à Bejaia semble-t-il.
Pis, le projet de Cevital de construction d’une unité de trituration de graines oléagineuses est bloqué par des intérêts occultes, alors même qu’il aurait apporté une précieuse bouffée d’oxygène en matière d’emploi pour la jeunesse en proie au chômage, et à la dynamisation autant de l’économie locale que celle du pays.
Cela ne peut que renforcer le sentiment déjà fortement répandu parmi la population et les acteurs de la région d’une marginalisation politique de la wilaya de Bejaia et d’un favoritisme régional que ne manqueront pas d’exploiter tous les porteurs d’une velléité de semer le trouble.