Les conférenciers du colloque national sur l’enseignement de tamazight n’ont pas mâché leurs mots lors du colloque qui les a réunis pendant deux jours sous la chapelle de la maison de la culture de Bejaia.

Vingt quatre ans après son introduction à l’école, tamazight, selon le bilan qu’ils ont dressé, n’est pas allée bien loin, contrairement à ce qu’on pourrait faire dire aux statistiques servies par les officiels qui affirment pompeusement, par exemple, qu’elle est enseignée dans 38 wilayas du pays.

C’est une réalité trompeuse que le bilan statistique froid et méthodique de Cherifa Bilek, directrice de l’enseignement au Haut Commissariat à l’Amazighité (HCA) a démenti en retraçant les échecs d’implantation de cet enseignement, en dehors de la Kabylie, qu’elle explique autant par l’hostilité qu’il a rencontré sur le terrain, que par la précipitation qui a marqué ce processus à son lancement, sans oublier les insuffisances de l’encadrement et des matériaux didactiques.
Djamel Ikhloufi, inspecteur du Moyen à Bejaia, est allé plus loin dans l’analyse en estimant que la pierre d’achoppement la plus importante qui entrave le développement de l’enseignement de tamazight est législatif, incriminant notamment la loi d’orientation dont il dira que la première exigence à satisfaire est son amendement. Cette loi, explique-t-il, ne fait aucune référence au statut actuel de la langue tamazight et l’enferme pédagogiquement dans ses manifestations folkloriques. Il considère d’autre part que l’enseignement de tamazight n’a aucun caractère obligatoire pour élèves d’une part, et d’autre part n’impose pas à l’administration de l’éducation de le développer puisqu’il doit répondre à une demande sociale clairement revendiquée.

Ce manque flagrant de volonté politique à promouvoir l’enseignement de tamazight s’exprime avec éloquence dans le 0,5% que représente l’effectif des enseignants de cette langue dans le corps éducatif total.

« Rien n’a été donné, tout a été arraché », clame pour sa part Salim Guettouchi, pédagogue et enseignant à Batna, pour souligner que la revendication identitaire doit se poursuivre, notamment pour lever les problèmes de législation qui ligote l’enseignement de tamazight, mais également pour donner une image valorisante à cette langue afin que les préjugés qui l’entourent soient progressivement effacés de la conscience collective.

Ce colloque s’est également attaché à débattre de l’enseignement de tamazight en tant que langue maternelle ou seconde, de son enseignement aux non berbérophones, des contenus des manuels scolaires, ainsi que de l’usage des TIC et de la traduction au service de l’enseignement de tamazight. Les problématiques auxquelles fait face l’enseignement de tamazight restent encore si nombreuses qu’il semble qu’un quart de siècle après il a abouti à pas grand-chose, faisant sérieusement douter des intentions des pouvoirs publics, qui rechignent à mettre les moyens idoines pour l’impulser dans une véritable démarche d’épanouissement.