La figue de Barbarie, Kermous Ensara/Ouroumi ou El Hendi pour les intimes, a bel et bien regagné sa place sur la table des Algériens.
Elle ne fait pas vraiment partie de la panoplie des desserts, car la figue de Barbarie se consomme surtout à l’envie, que ce soit à la maison ou en dehors. Même sa vente est un peu particulière. Elle était écoulée, le plus souvent, à la pièce par des marchands ambulants ou par « bidons » sur les routes de Bejaïa et d’ailleurs par des gamins désireux de se faire quelque argent de poche ou par nécessité pour aider sa famille.

Pendant des années, ce fruit avait disparu des étals, sans que l’on sache vraiment pourquoi. Etait-ce la concurrence des autres fruits, désormais produits en quantité et à des prix abordables, déclassant cette figue un peu trop piquante ? Ou est-ce qu’il rappelait inopportunément à la majorité des clients les modestes origines dont ils étaient issus ? La consommation de hendi, comme de belout ou de guernina, était-il un marqueur social ? Certainement, et le retrait de ce fruit du souk un signe d’un relèvement du standing de vie au point qu’aucun marchand, aucun producteur de figue de barbarie, n’osait plus le proposer.
Mais voila, depuis quelques années, kermouss ensara réclame sa place. Le retour a d’abord été très timide, comme s’il s’agissait de tester le consommateur. Remarquablement, c’est toujours sur un bord du trottoir, même quand il y a la proximité d’un marché, que l’on trouve la figue de barbarie qui est cédé à la pièce, au kilo ou autre.
Le test est positif, puisque aujourd’hui, on la trouve partout dès que la saison s’y prête. Les marchands de ce fruits sont d’ailleurs de plus en plus nombreux et les clients également. D’abord consommée par nostalgie, la figue de Barbarie a repris sa place dans son menu. Le consommateur algérien a encore une fois changé.
Il faut croire que l’Algérien est tout aussi sensible aux discours faisant l’apologie du naturel et incitant à la redécouverte du terroir. La mode des « alicaments » y est aussi pour quelque chose. On trouve toute une littérature sur les bienfaits des fruits sur la santé et la figue de Barbarie n’est pas dépourvue de qualités dans ce domaine. Mieux : outre ses bienfaits dans la lutte contre la dégradation des sols, les spécialistes expliquent que la plante et son fruit sont une véritable mine d’or sur le plan économique. On peut en tirer quantité de choses (huile, aliment de bétail, confiture, jus, additifs alimentaires, cosmétiques…) et même l’utiliser dans le traitement des eaux usées !
Des associations prennent aujourd’hui la défense de ce fruit et en font sa promotion à travers l’organisation d’évènements, à l’instar de la fête régionale qu’abrite la wilaya de Tizi Ouzou, qui se tiendra cette année du 11 au 13 août. Des chercheurs produisent des thèses et, l’an dernier, un séminaire national, abrité par l’Université de Bejaia, a été consacré à sa valorisation. De son côté, l’administration agricole suit le mouvement pour aider les producteurs ou les investisseurs intéressés autant par la plantation que par la transformation.
Voilà qui mettra du baume sur le cœur des ancêtres, qui ont vite adopté cette plante pour ses nombreuses vertus.