Après la grande fête de l’Ouziaa (thimechret), quelques jours avant l’Aïd el adha, durant laquelle quatre gros bœufs ont été immolés et la viande distribuées a parts égales entres les habitants du village, le village de Mezgoug, dans la commune de Tibane 60 km du chef lieu de wilaya de Bejaia) renoue avec la fête, mais cette fois-ci en mettant les femmes à l’honneur.

Jeudi passé, à l’occasion de l’Achoura,  en effet, le dynamique comité de village et l’association socio-culturelle Tafrara Nat Weghlis, ont organisé une excursion spéciale pour les femmes de ce hameau. Destination : se rendre pour s’y recueillir au mausolée de Wedris, situé dans le village Ait Ali Oumhend, commune d’Illoula  Oumalou, dans la wilaya de Tizi-Ouzou.

Cette zaouia porte le nom de son fondateur, Ahmed Ben Wedriss, jurisconsulte, mort vers 1358, qui a étudié à Bejaia puis à El Azhar en Égypte. A son retour dans la ville des 99 saints, les frictions politiques entre Hafsides et Zianides le décident de s’éloigner du microcosme urbain pour aller s’installer en montagne, y fondant la zaouia qui ne tardera pas à accéder à une certaine renommée parmi les savants de son époque, dont Ibn Khaldoune, et laissé une empreinte indélébile auprès des habitants de la région.

A l’heure du départ, vers 7h du matin, ces braves femmes se sont regroupées à Avadhou, la place mythique  du village pour tous les départs importants. Trois bus et plusieurs autres véhicules, réservés pour l’occasion, les attendaient. Ils s’ébranleront quelques minutes plus tard, accompagnés des youyous stridents. Le long cortège prit la direction de Chemini, chef lieu de daïra, puis vers l’historique  d’Ifri, où s’est tenu le congre de la Soummam. Dans  les véhicules l’ambiance est à son comble, baignées de chants et de youyous d’allégresse.

Après une heure et demie de route, arrivée au mausolée Sidi Wedris, haut lieu religieux, dans un paysage déjà bondé de monde, plusieurs centaines de personnes venues de  différentes régions de Kabylie et même d’autres wilayas, comme le clament les plaques d’immatriculation des véhicules. Les femmes, dans leurs chatoyantes robes, ornées des traditionnels bijoux kabyles, sont bien plus nombreuses que les représentants de la gente masculine. Et toutes se dirigeaient en une longue procession vers le tombeau du saint homme, pour y déposer leurs offrandes, au rythme des chants et des sons des tambours résonnants de partout.

Meziane, l’un des responsable de l’association religieuse de ce site, nous confie que tous les moyens matériels et  humains disponibles ont été consacrés pour a réussite de cet événement et pour assurer le meilleur accueil qui soit aux nombreux invités dont les rangs ne cessaient de grossir.

Ces milliers de pèlerins ont tous eu droit à un bon couscous préparé pour l’occasion par Farid, chef des cuisines, et servi par Nordine et son équipe de bénévoles. La communion est à son comble. Cette fête ancestrale, jalousement  préservée par tous les Kabyles, faite de générosité et de partage, est l’un des ciment de leur identité et de leur bien être.

A la fin de la journée, le sympathique Mabrouk, comptable de l’association religieuse de cette Zaouïa ainsi que l’imam, Cheikh Abdelkader, a remis un certificat de remerciement à tout les habitants de Mezgoug pour les générosités dont ils ont fait montre. Ce lien entre la zaouïa Sidi Wedris et la population de Mezgoug, remonte à des décennies. D’ailleurs, une des maisons du village abrite de grandes jarres spécialement réservées à la collecte de l’huile d’olive destinée, en offrande, à cette zaouia.

C’est avec l’esprit serein et le visage éclairé de sourire, que s’est déroulé le retour de cette « escapade » des femmes de Mezgoug. Une belle sortie dont elle se souviendront longtemps. Quant aux membres de l’association Tafrara Nat Weghlis et du comité du village, ils  pensent déjà à d’autres projets qui pourront apporter autant de bonheur à leurs concitoyens.