Si la politique divise les pays maghrébins, le couscous les rassemble. Pourtant, pendant un moment, il semblait bien qu’une « guerre du couscous » allait se déclencher au Maghreb, quand fut divulguée l’information qu’une demande d’inscription de ce succulent plat au patrimoine mondial de l’humanité allait être déposée auprès de l’Unesco.

Mais, après quelques escarmouches verbales, surtout entre l’Algérie et le Maroc, dont la rivalité s’était déjà exacerbée à propos du raï avant de s’élargir au domaine culinaire, avec le couscous puis de la mode vestimentaire avec le caftan, les esprits se sont apaisés. Le couscous, chacun le sait, est un plat de partage. Il se mange, famille et invités réunis, dans la plus parfaite des convivialités.

Le couscous fait indéniablement partie de l’identité maghrébine, au même titre que la pizza pour les italiens, les cuisses de grenouilles pour les français ou le suschi pour les Japonais, par exemple ! Ibn Khaldoun disait ainsi que le maghrébin se reconnaissait à deux traits : il porte le burnous et mange du couscous !

Les experts ont été les premiers à lancer des appels pour enterrer la hache de guerre, en rappelant à tous les belligérants que ce succulent plat, s’il est indéniablement d’origine berbère, maghrébine, ne peut être revendiqué par aucun pays en particulier. Son invention remonte à si loin dans le temps, qu’il serait illusoire, dans l’état actuel des recherches en tous cas, autant de dater son « invention » que de l’attacher et l’attribuer à une zone géographique particulière.

Ce qui est sûr, c’est que la saveur du couscous a, très tôt, conquis les pays africains limitrophes du Maghreb et fait une incursion dans la gastronomie occidental. Aujourd’hui, on peut manger du couscous sous toutes les latitudes, apprêté selon mille et une façons. Quoiqu’il en soit, on peut dire ouf ! L a sagesse des experts (le couscous sera inscrit comme patrimoine commun maghrebin) nous a évité une catastrophe dont le Maghreb se serait difficilement relevé. Marocains, Tunisiens et Algériens, sans oublier les Mauritaniens, ne se seraient plus jamais assis à la même table sans se chamailler autour d’un couscous !

Nos voisins n’auraient même pas été invités à la première édition du festival international du couscous qui se déroulera du 10 au 12 mai au Palais des Raïs (ex Bastion 23), à Alger. Un bel évènement qui mettra en exergue la riche culture culinaire algérienne et participera autant sa préservation, surtout qu’aujourd’hui, les préparations industrielles envahissent graduellement tous les couscoussiers, qu’ à sa promotion. Et comme le couscous a beaucoup voyagé, les Algériens pourront également apprécier des recettes venus d’ailleurs, des couscous au goût « exotique » qui viendront peut être enrichir leur ordinaire !