La résurgence du choléra étonne. Pourtant, il n’y a pas de quoi, quand on a à l’esprit l’incroyable degré de dégradation de l’hygiène atteint partout dans le pays. Que l’on se rappelle, des conditions identiques avaient ressuscité dans la région oranaise, il y a quelques années, une maladie encore plus honteuse : la peste. Aujourd’hui, c’est le choléra, qui avait été éradiqué depuis des décennies grâce au volontarisme dont étaient animés à l’époque la direction politique et le corps médical.

L’environnement est malsain et les produits alimentaires, crus ou transformés, ne sont jamais indemnes de produits toxiques ou de germes dont la prolifération est favorisée par les pratiques peu orthodoxes de soi-disant agriculteurs et commerçants, mais également d’une hygiène défectueuse du citoyen même. Ainsi, à Chemini plusieurs personnes ont été victimes d’une intoxication alimentaire lors d’un mariage et ont du être évacué vers l’hôpital de Sidi Aich.

A la limite, le plus grave n’est pas que des cas d’une maladie quelconque puissent se déclarer, sachant qu’il y a toujours des micro-environnements favorables à la prolifération des agents pathogènes responsables. Cette affaire, surtout, a été gérée d’une façon qui laisse pantois et suscite les plus grandes inquiétudes. Certes, la confiance dans les autorités sanitaires est largement entamée. Il suffit de se rappeler l’épisode catastrophique des dernières vaccinations. Et cette affaire du choléra n’est pas fait pour arranger les choses en la matière. En effet, il y a de gros soupçons que le ministère de la santé connaissait la vérité depuis plusieurs jours, mais qu’il a préféré, sur le plan médiatique, rassurer au lieu de lancer l’alerte aussitôt.
Pis, une comparaison incongrue avec le Yemen en guerre, et des pays démunis de moyens comme le Niger et le Tchad, a été avancée pour « normaliser » une situation qui ne l’est pas du tout. Sans honte, ces responsables de notre santé oseront même d’avancer que l’Algérie a eu le « courage » de reconnaître la réapparition de la maladie, alors qu’elle est à déclaration obligatoire en Algérie même. C’est une drôle de logique, mais c’est ce qu’on nous sert à consommer dans ce taudis pourri qu’est devenu l’Algérie, grâce à la promotion de l’incompétence et de la prédation aux postes de commandes.

Non seulement cette histoire de choléra n’est pas une affaire de cas isolés, ce sont des dizaines de cas répertoriés à Blida, Alger, Tipaza et Bouira. La liste risque de s’allonger puisqu’on annonce aussi Médéa dans le lot, mais qui reste encore à confirmer. Quoi qu’il en soit, la panique que l’on voulait éviter est bien là et c’est la ruée sur l’eau minérale, alors que l’Algérienne des Eaux jure ses grands dieux que son eau est tout à fait potable et n’est pas à l’origine de cette épidémie.
Pour l’heure, , on ne sait toujours pas comment cette maladie s’est propagée, même si, à Blida, un puits contaminé a été identifié comme foyer d’origine. En espérant que cette épidémie sera vite circonscrite, il est tout aussi souhaitable que les autorités sanitaires se remettent en question et interrogent de nouveau leurs priorités en matière de santé. L’Algérie est toujours sujette aux maladies des mains sales. Les autorités publiques doivent aussi redéfinir les priorités de leurs politiques de développement. Ce n’est pas Boufarik, Alger, Bejaia ou une autre ville qui sont seulement en cause.

C’est toute l’Algérie qui est sale, cela se voit au premier coup d’oeil et c’est une honte. Le premier responsable en est d’abord le simple citoyen !