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Énergie vertes :
Grandes ambitions, marché embryonnaire

L’Algérie a de grandes ambitions dans les énergies renouvelables et, plus particulièrement le photovoltaïque où elle veut s’ouvrir des perspectives industrielles. Ainsi, la capacité installée dans le pays est déjà d’environ 400 MW, ce qui classe le pays en seconde position sur notre continent après l’Afrique du Sud, alors que des projets pour la réalisation de 200 MW seront lancés avant la fin de l’année en cours.

L’objectif final est d’arriver à installer près de 220.000 megawatts et porter à 30 % la participation des énergies vertes, ce qui permettra, dans un contexte de stagnation de la production gazière et d’accroissement de la demande nationale, de sécuriser les revenus extérieurs à travers l »économie d’une ressource exportable.

L’Algérie se prépare aussi à une véritable transition énergétique. C’est la solution envisagée pour alléger les contraintes financières qui pèsent sur le fonctionnement des collectivités locales. A ce titre, les départements de l’éducation et de l’intérieur ont lancé des programmes visant à une plus large pénétration de ces sources d’énergie dans les écoles, les mosquées et l’éclairage publique. Cela permettra de réduire ces factures d’énergie que les collectivités sont souvent incapables d’honorer, ce qui a comme conséquence de déstabiliser également les plans de développement de Sonelgaz. En 2017, cette dernière détenait sur les collectivités locales 27 milliards de dinars, l’éclairage public étant le énergivore.

Les premières actions ont déjà démarrée et consiste en l’utilisation de lampes Led pour l’éclairage public dans 33 communes sur 29 wilayas, et 100.000 poteaux électriques dotés de panneaux solaires, l’alimentation en électricité d’origine solaire de 25.000 foyers dans les zones reculées, tandis qu’il est prévu de brancher au solaire 148 mosquées et 1.541 écoles primaires. L’équipement de 80 établissements a d’ores et déjà été réalisé. L’une de ces écoles a été réceptionnée septembre dernier à Bejaia, plus précisément à Taregrert dans la commune d’Ait Smail.

Outre les retombées positives sur l’environnement, il est surtout attendu de ces programmes qu’ils contribuent à l’émergence d’un tissu de micro-entreprises qui vont soutenir le processus d’industrialisation. Celles-ci, notamment dans l’installation, ont déjà commencé à fleurir à travers le pays, et Béjaïa ne fait pas exception. Toutefois, les choses ne sont pas aussi lisses. Ces micro-entreprises, qui ont beaucoup misé sur cette dynamique projetée éprouvent des difficultés à se maintenir sur un marché qui tarde à leur offrir de réelles perspectives pour de multiples raisons (Lire l’interview).
Les pouvoirs publics sont ainsi interpellés pour accélérer le pas et leur permettre enfin de prendre leur essor.

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Interview

Belkacem Meziane,

directeur d’ALGENERGIE

« Nous militons chaque jour, et dans la difficulté, pour l’énergie verte »

 

Faites-nous une petite présentation de votre entreprise, qui est l’une des rares qui activent dans le domaine des énergies renouvelables à Bejaia.

Après une carrière professionnelle accomplie au sein de Sonelgaz, je me suis lancé un défi de créer l’Entreprise EURL ALGENERGIE pour investir le domaine du conseil, du dimensionnement et de la réalisation des installations relatives aux énergies renouvelables.

ALGENERGIE est une entreprise créée à Béjaia portée par des universitaires formés par l’université algérienne dans le domaine des énergies renouvelables.

Après la phase de création, nous nous sommes efforcés de nous faire connaître et de sensibiliser notre environnement immédiat (autorités et collectivités locales, entreprises publiques et privées, clients particuliers….etc). Je reconnais que ce n’est du tout pas facile.

Notre action va principalement vers la sensibilisation pour alimenter tous les espaces communs.

Quels sont les projets que vous avez déjà réalisé , que ce soit à Bejaia ou ailleurs?

Malgré notre offensive pédagogique et commerciale auprès du secteur publique et des collectivités locales, nous n’avons pas pu capter l’intérêt de nos interlocuteurs. Paradoxalement, notre maigre plan de charge n’a été réalisé qu’avec des particuliers. Nous avons alimenté des habitations isolées, des parkings, des terrasses collectives, des enseignes lumineuses de certains établissements. Les dernières décisions du Ministère de l’Intérieur concernant l’alimentation des écoles primaires et de l’éclairage public en énergie solaire sont à saluer. Pourvu que l’administration locale puisse se mettre rapidement au diapason pour l’inscription et la réalisation de ces projets. Cela permettra de réaliser des économies considérables pour les communes dont les budgets déjà maigres sont saignés par les factures d’énergie.

Justement, comment cela marche-t-il à Bejaia ?

Ces mesures sont en phase de mise en place. Mais la lenteur et la complexité des procédures ont considérablement retardé ces opérations. Encore plus à BEJAIA, pour des raisons que nous ignorons et que nous ne comprenons pas. Le peu de projets initiés gagneraient plus en courts, en qualité, en fiabilité et en transparence si la consultation pour leur réalisation est aussi large que possible.

Les autorités locales sont-ils sensibles à cette problématique ?

Nous avons été reçus par des walis, des chefs de daïrate, des maires, des directeurs, qui nous ont tous écouté et nous semblaient très sensibles et intéressés. Mais, cela doit se concrétiser sur le terrain pour passer à la phase de réalisation. Pour notre part, nous nous tenons disponibles pour tout accompagnement . La wilaya de BEJAIA enregistre un retard considérable dans ce domaine malgré toutes les potentialités disponibles.

Quelles sont les perspectives que peut vous offrir la wilaya de Bejaia ?

Nous avons des propositions concrètes pour que l’éclairage à l’énergie solaire devienne une réalité aujourd’hui. Nous pouvons démontrer que l’alimentation en énergie solaire couplée à l’économie d’énergie et à la transition énergétique est concurrentielle de l’énergie classique. Toutes les cages d’escaliers de l’habitat collectif peuvent être alimentées en énergie solaire. Tous les espaces communs, jardins publics, terrasses et places publiques sont des espaces qui peuvent être déconnectées du réseau classique pour être alimentées à partir des rayons solaires. La plupart des infrastructures telles que les écoles primaires, les mosquées, les antennes administratives, les parcs communaux, les enseignes des établissements étatiques et privés, les marchés de proximité et hebdomadaires, les chantiers de construction… peuvent s’éclairer en énergie solaire. Nous avons des centaines de propositions concrètes à soumettre.

Le marché des particuliers est-il constituer une alternative pour le maintien et le développement des entreprises comme la votre ? Que coûterait une installation basique ?

Effectivement, le marché des particuliers constitue timidement notre source de survie. Les habitations rurales et secondaires, les étables d’élevage de tout genre, les points d’irrigation en agriculture, les promoteurs privés, les chantiers provisoires de construction sont des pistes à explorer. Une installation basique en énergie solaire varierait en fonction de son importance entre 200.000 DA et 800.000 DA. Cela dépend des besoins et des équipements à alimenter.

Pour le matériel utilisé, hormis les panneaux photovoltaïques qui sont fabriqués localement, le reste du matériel est d’importation. Ce qui greffe considérablement les prix de ces équipements. Mais le prix du Kilowattheure commercialisé par la Sonelgaz et largement subventionné constitue une contrainte majeure pour le développement des énergies renouvelables. Nos concitoyens ne se retournent vers cette forme d’énergie que sous des contraintes majeures : éloignement du réseau classique, impossibilité de raccordement… etc.

L’Algérie va lancer les premières stations solaires dans le cadre de sa stratégie 2030. Est-ce que cela constitue une quelconque opportunité les entreprises comme la votre ?

Ce programme posera inévitablement des soucis d’entretien et de transfert de technologie. Nous avons sollicité à plusieurs reprises pour être associés (en sous-traitance ou autre) pour assurer une relève après la mise en exploitation de ces installations. Notre jeune entreprise EURL ALGENERGIE, milite chaque jour et dans la difficulté pour l’énergie verte. Nous espérons que notre voix soit entendue.

Pensez vous que Bejaia pourrait accueillir bientôt une usine d’équipements solaires ?

C’est notre souhait le plus cher. La ressource humaine existe, le besoin est important, le marché est vierge… tous les ingrédients sont là pour sa concrétisation.