Le DG de l’Entreprise portuaire de Bejaia, Djelloul Achour, vient d’être promu à la tête du groupe public Services portuaires Serport, qui chapeaute l’ensemble des infrastructures portuaires du pays. Cette nomination aurait pu passer totalement inaperçu si le désormais ex-DG de l’EPB n’avait cessé d’être sous les feux de la rampe depuis qu’il s’est opposé au débarquement des équipements destinés au projet d’unité de trituration de graines oléagineuses de Cevital.
Ce vieux projet, réanimé par le patron du groupe Cevital, devait être initialement implanté dans l’enceinte portuaire. Djelloul Achour s’était opposé à cette option, arguant que le patron de Cevital ne disposait d’aucune assiette foncière pour l’accueillir. Pour contourner cet argument, Issaad Rebrab acquiert un terrain, mais Djelloul Achour persiste dans sa position, déniant même la véracité des propos de Rebrab, qui sera conforté dans ses dires par différentes institutions.
La polémique, qui a tenu en haleine l’actualité de la wilaya de Bejaia, grâce notamment aux comités de solidarité qui se sont constitué pour soutenir le projet de Cevital, menant d’imposantes manifestations populaires, avant qu’elle ne se transforme en feuilleton judiciaires puis, sa politisation aidant en un sujet national. Victime d’un blocage incompréhensible, mais que d’aucuns lient à l’existence de projets concurrents, dont celui de Jijel porté par l’influent magnat Redha Kounifef.
Ces derniers jours, des voix proches du comité de soutien à Rebrab, exprimaient un certain optimisme quant au règlement du litige entre Cevital et l’EPB et attendaient un signe annonciateur de cette détente. Récemment encore, le ministre de l’industrie, Youcef Yousfi, déclarait aussi dans une phrase sibylline que le blocage du projet d’usine de Rebrab était à l’étude par « des gens ».
Certains n’hésitent donc pas à assimiler cette promotion de Djelloul Achour à un éloignement qui préluderait à un règlement de cet épineux dossier. Reste à savoir si celui qui va hériter de la patate chaude aura toute latitude de le réétudier plus objectivement. Rien n’est moins sûr, mais il est plus qu’urgent pour l’Etat algérien de rectifier le tir. Dans cette affaire, en effet, plus que Cevital, c’est  surtout l’Algérie qui perd, d’une part, en termes d’image et de crédibilité vis-à-vis de l’investissement étrange et, d’autre part, en alimentant le courroux de la population locale, remontée contre la marginalisation économique dont elle se sent victime, et qui comptait beaucoup sur ce projet pour améliorer le sort de milliers de chômeurs.