La culture peut elle se développer sur le terreau fertile d’un dépôt d’ordures ? C’est la problématique que le maire de la commune de Bejaia, Hocine Merzougui, a incidemment proposé à débat à la communauté dont il préside temporairement les destinées et, accessoirement au reste du pays, du moment que l’amoncellement des détritus est une constante nationale, aisément constatable aussi bien dans les agglomérations que dans l’environnement naturel.

Pour rappel, Hocine Merzougui a décidé d’annuler la tenue du festival de la chanson amazighe qui se tient traditionnellement dans sa ville, en arguant qu’il n’était pas décent de tenir un tel événement dans une ville aussi sale, et encore moins de le financer, en promettant de relancer cet événement culturel dès qu’il sentira revenir un minimum de propreté. Bien sûr, ses adversaires politiques n’ont pas manqué de saisir la perche, l’accusant même de verser dans les pratiques salafistes, ainsi que tous les déçus que cette annulation n’a pas manqué de susciter, auxquels il faut certainement ajouter tous les épidermiques sincères et les joyeux militants de la cause qui adorent faire de la surenchère pour faire monter leur mayonnaise.

Mais, posons-nous la question ? Merzougui a-t-il eu tort de penser que la bonne culture, comme la bonne cuisine, doit se se préparer et s’apprécier, peut être pas dans un milieu aseptisé, mais au moins sain ? Pourtant, chacun sait que l’art ne dédaigne pas fréquenter les milieux plus favorables aux microbes. De grands maîtres ont, dans tous les arts, réalisés leurs chefs d’œuvres en trouvant l’inspiration, les décors ou les matériaux travaillés, dans les décombres d’une décharge publique.

L’argument du maire n’était-il donc pas le bon ? Peut être, mais il faudrait peut être considérer objectivement sa priorité et son impatience. Le maire a en effet avancé beaucoup d’argent pour mettre en place une entreprise de nettoyage et des équipements ont été achetés pour cela.

BejaiaNet, c’est son nom, devait créer des emplois qui seraient les bienvenus dans une wilaya ayant entamé son entrée dans le coma économique après le gel de la plupart des projets dont elle avait bénéficié. Malheureusement, la naissance officielle de cette entreprise est bloquée par l’administration communale, qui refuse encore de délivrer son quitus, en dépit de toutes les interventions, de toutes les assurances et de toutes les promesses de règlement.

Alors le maire pète un plomb et propose un bien étrange échange : autorisation par l’Etat à l’assemblée élue de procéder sur son territoire à l’enlèvement des ordures contre autorisation pour l’État de faire chanter et danser la population qui l’a élue afin qu’elle paraisse vivre intensément ce bonheur national dont la fine extase est hors d’atteinte y compris de ces pauvres habitants de la Scandinavie.

Comme tant d’autres avant lui, Merzougui aurait pu cacher la poussière sous le tapis (déjà peu ragoutant) au lieu d’absolument exiger le grand nettoyage, ou simplement détourner le regard quand il passe devant un monument de notre culture civique. Non, il préfère les idées saugrenues et les polémiques fertiles qui libèrent tous les remugles de nos brouillons de culture.

On se demande d’ailleurs où il pourrait mettre toutes les immondices que produisent ses administrés avec la « fermeture » de la décharge de Boulimat et l’annulation décrétée par la ministre de l’environnement du CET de Sidi Boudrahem. Mais bon, c’est une autre problématique.