Le directeur de la pêche et des ressources halieutiques de la wilaya de Béjaïa, Nadir Adouane, porte beaucoup d’espoir dans le développement de l’aquaculture pour suppléer à la stagnation des quantités de poisson pêchées en mer, alors que la demande ne cesse de croître. Plusieurs fermes aquacoles sont en réalisation ou en projet. Il nous en parle.

AGB| Une zone d’activité dédiée à la pêche et l’aquaculture est en réalisation à Bejaia. Quelle est se consistance ?

Nous avons une zone d’activité affectée au secteur de la pêche et de l’aquaculture, qui a une superficie de 20 hectares. Elle est destinée à recevoir des investissements pour booster l’activité par des unités de production et de services. On pense à une unité de fabrication d’aliments, parce qu’il est importé pour le poisson d’élevage, à une écloserie pour produire les alevins pour les élevages, car ils sont également importés, et nous voulons nous lancer dans la fabrication des filets, des cages flottantes, que nous importons aussi, ainsi que tout ce qui a trait aux activités connexes de la pêche et de l’aquaculture.
Nous avons des investisseurs intéressées et nous sommes en train de les accompagner. Mais nous avons un petit souci dans la réalisation des VRD de cette zone d’activité. Nous sommes en train de chercher une source de financement. Nous avons besoin d’un montant de 20 milliards de centimes. Nous avons fait des démarches auprès des ministères de l’Agriculture et de la Pêche, ainsi qu’auprès des services de la wilaya, pour essayer de voir comment financer cette importante opération pour le secteur de la pêche au niveau de la wilaya de Bejaia.

AGB| Quels sont les projets en cours dans l’aquaculture ?

En matière d’aquaculture, nous avons déjà trois unités en fonction, deux spécialisées dans la production de moules et une pour la production d’huîtres. Nous allons réceptionner, dès le mois de septembre, le premier projet d’élevage de loups de mer et daurades et deux autres suivront dans un proche avenir. En tout, nous avons trois projets de conchyliculture et trois projets d’élevage de loups et daurades.
Chaque unité a une capacité de production de 600 tonnes., soit près de 3,000 tonnes annuellement pour l’ensemble. C’est équivalent à toute la production halieutique au niveau de notre wilaya. Vous voyez, avec quatre projets seulement on peut égaler la production de toute la flotille de pêche dont nous disposons !

AGB |Quel impact est-il attendu sur l’emploi ?

Au minimum, il y aura environ 200 postes d’emploi directs qui seront créés au niveau de cette zone d’activité. Concernant l’aquaculture, chaque projet générera environ 20 emplois pour l’élevage de poisson, et entre 3 à 4 emplois maximum pour les unités de production de moules et huîtres.

AGB|Comment sont financées ces fermes  aquacoles?

Pour l’élevage, il y a deux sortes de financement : le crédit d’investissement et le crédit d’exploitation. Le crédit d’investissement est pris en charge par l’investisseur lui-même. Par contre, dans le crédit d’exploitation, l’État intervient pour aider l’aquaculteur. C’est un crédit bonifié et accordé à hauteur de 17 milliards de centimes. Globalement, une unité d’élevage de poisson d’une capacité de production de 600 tonnes coûte environ 40 milliards de centimes. Il est d’un milliard pour la conchyliculture.

AGB|D’autres zones d’activité sont-elles prévues ?

Non, il n’y a que celle dont je vous parle, qui est située au niveau de Taguelmimt, à Beni Ksila.

AGB|Vous encouragez également les agriculteurs à se lancer dans l’élevage de poissons. Ou en êtes-vous dans cette opération ?

Dans le cadre de l’intégration de l’aquaculture à l’agriculture, nous avons commencé l’empoissonnement depuis deux ans des bassins d’irrigation. cette politique vise à promouvoir la production de protéines animales, pas uniquement au niveau des barrages et de la mer, mais aussi au niveau des bassins d’irrigation. Il y a un double avantage dans l’empoissonnement des bassins. Celui de produire des protéines animales bien sûr, le poisson peut atteindre jusqu’à 3 à 4 kilogrammes par pièce, et l’autre avantage dans l’irrigation, parce que cette eau est riche, c’est un fertilisant naturel qui favorise la production de produits agricoles sains et bio.
Au niveau de la wilaya de Bejaia, nous avons recensé 200 bassins que nous devons empoissonner. Actuellement, 40 bassins ont été ensemencés et nous comptons arriver à une centaine d’ici la fin de l’année en cours. Ce sont des bassins qui sont éparpillés sur toute la wilaya. Pas seulement au niveau de la côte, mais aussi à l’intérieur du territoire, à Tazemalt, Ighzer Amokrane, Akbou, sur l’es hauteurs vers Tizi Nberber, Kherrata, etc. Le volume de production au niveau de ces bassins devrait atteindre environ 10 tonnes par an.

AGB|Qu’en est-il du barrage de Tichy haf ?

Le plan d’eau du barrage de Tichyhaf n’est pas exploité. Personne n’a montré de l’intérêt à le faire jusqu’à présent, à cause du manque de commodités. Nous essayons d’intéresser la population locale, surtout, qui pourrait être moins sensible à ces contraintes. Pour la retenue d’Ighil Emda, à Kherrata, personne ne s’y intéresse également, car en été, elle est à sec. Je saisis l’opportunité pour lancer un appel à ceux qui sont intéressé d’obtenir des concessions pour la pêche au niveau de Tichyhaf de se rapprocher de nos services.

AGB|A quand la réception des ports de pêche de Beni Ksila et Tala Yilef ?

Concernant l’infrastructure portuaire, nous avons un port au niveau de Bejaia qui est exploité, et il y a deux autres qui sont en réalisation, celui de Beni Ksila, qui sera réceptionné incessamment , et celui de Tala Yilef, qui sera probablement en fonction d’ici la fin de l’année. Ce que nous projetons, c’est de réaliser un port de pêche et de plaisance au niveau de la côte Est, entre la ville de Bejaia et Ziama Mansouria. Le site propice sera défini par une étude, que mènera le Laboratoire d’études maritimes.

AGB|Un mot sur la qualité du poisson vendu à Bejaia, notamment la sardine, dont la qualité laisse souvent à désirer ?

C’est exact, la qualité de la sardine se détériore, en effet, très vite. La vente de la sardine, en principe, devrait s’effectuer avant 9 heures du matin au plus tard. Malheureusement, certains marchands utilisent de la glace et, avec cette chaleur, ils oublient que le poisson tourne facilement.
Nous leur lançons un appel pour qu’ils fassent attention aux intoxications alimentaires qu’ils peuvent provoquer. Nous appelons également les services du commerce et les services vétérinaires prendre en charge sérieusement ce problème.