Le barrage de Tichyhaf mobilise actuellement un volume d’eau de 69 millions de mètres cubes, soit un taux de remplissage avoisinant les 90%. A fin décembre 2017, le barrage contenait environ 29,5 millions de mètres cubes.
Les différents épisodes pluvieux en début de l’année en cours ont permis de faire passer son stock à un confortable taux de 50%, avant que les dernières intempéries, d’un apport assez appréciable, au point d’ailleurs de provoquer nombres d’inondations à travers plusieurs localités de la wilaya, ne le rapproche de sa capacité nominale, qui est de 82 millions de mètres cubes. Une bonne nouvelle pour les populations, qui peuvent envisager de passer une saison estivale dans une relative sécurité. Pour rappel, ce barrage avait atteint, la saison estivale passée, son seuil  critique d’assèchement, au point que les citoyens se plaignaient non seulement de la pénurie d’eau mais également de sa qualité, allant jusqu’à soupçonner la potabilité de l’eau servie.
La saison humide étant loin d’être achevée, il y a grand optimisme pour que le barrage de Tichyhaf, ainsi que les nappes phréatiques durement sollicitée durant la précédente période de climat sec, reconstituent leurs stocks à un niveau plus rassurant.  Ce regain d’optimisme ne doit pas occulter, cependant, la gravité de la situation en matière d’alimentation en eau potable de la population de la wilaya de Bejaia.  Cette dernière, qu’elle vive dans les villes ou dans les villages de montagnes, souffre le martyr pour s’approvisionner en cette denrée vitale, avec un stress porté à son paroxysme pendant la saison estivale.  Paradoxalement, c’est moins la disponibilité de la ressource qui est mise en cause que sa gestion. En effet, la wilaya de Bejaia, qui bénéficie d’une pluviométrie des plus généreuses comparativement au reste du pays, dispose de ressources hydriques suffisantes pour doter sa population d’une confortable ration. Ce n’est malheureusement pas le cas, sachant que même à Bejaia-ville, l’habitant ne dispose, dans le meilleur des cas, que d’une à deux heures pour renouveler son stock domestique.
Avec un « management » chaotique et un réseau d’alimentation déficient, quelques fois même inexistant, à l’image de certaines communes de la côte ouest, il ne pouvait en être autrement.
Mais là également, l’espoir est permis, les autorités ayant récemment lancé un programme de d’urgence de réhabilitation et de réalisation des réseaux d’alimentation d’eau potable, afin d’assurer la sécurisation en la matière de la wilaya de Bejaia. Une situation suffisamment catastrophique pour recevoir, à quelques jours de d’intervalle, la visite de deux ministres, celui de l’Intérieur et celui des Ressources en eaux, qui ont tour à tour promis de conséquentes enveloppes financières pour engager des projets de mise à niveau de son infrastructure hydraulique. La promesse a été tenue, puisque le wali de Bejaia a annoncé que 3.700 milliards sont rentrés dans les caisses de la wilaya, ce qui lui permettra de lancer de manière effective la réalisation de ce plan d’urgence qui a été établi lors d’une réunion au ministère des Ressources en eau.
Les principales actions préconisées dans ce plan portent sur des travaux de raccordement au barrage de Tichyhaf pour certaines communes, la réhabilitation des captages de sources pour d’autres et la mise à niveau des réseaux d’eau potable et systèmes hydrauliques à travers tout le territoire de la wilaya. Ce plan sera exécuté en plusieurs échéances. La première est fixée à la saison estivale 2018. Un engagement est pris pour ramener 24 communes à une alimentation au quotidien. Sur ces 24 communes, 17 sont concernées par le transfert à partir du barrage de Tichyhaf. La deuxième échéance est fixée à la fin de l’année en cours et concerne 11 communes.
La dernière échéance est fixée à l’année 2019 qui verra les six communes restantes passer à une alimentation en eau potable au quotidien. Au terme de ce plan, toute la gestion du service public de l’eau sera transférée vers l’ADE, en raison autant des difficultés qu’éprouvent les APC à remplir cette mission. Encore faut-il que l’ADE fasse preuve de plus d’efficacité, le constat étant établi que la wilaya de Bejaia souffre moins d’une disponibilité de l’eau que de sa distribution chaotique et dispendieuse.
Outre cette amélioration attendue des réseaux de distribution et la relance des projets de stations d’épuration et de traitement des eaux usées, Bejaia a bénéficié d’un projet de station de dessalement de 100.000 m3/jour, qui viendra soulager les populations de la côte Ouest. La date de lancement du projet n’est toutefois pas encore connue.